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Cancer : avoir un enfant après une chimiothérapie

La congélation puis la réimplantation des ovaires permettent à des femmes traitées par chimiothérapie d’accéder à la maternité. A Bron (Rhône), la Dre Jacqueline Lornage effectue des recherches pour améliorer cette technique. Un programme soutenu par la Fondation de l’avenir.

La Dre Jacqueline Lornage est chercheuse au laboratoire de biologie de la reproduction de Lyon et praticienne hospitalière à l’hôpital Femme, mère, enfant de Bron (Rhône). En 2009, elle a été sélectionnée par la Fondation de l’avenir, dans le cadre de son opération Urgence cancer, pour ses travaux sur l’amélioration des techniques de conservation et de réimplantation des ovaires. Le financement de la fondation lui permet aujourd’hui de perfectionner cette technique médicale, qui restaure la fertilité des femmes ayant subi une chimiothérapie.

Quel est le principe de vos recherches ?
Dre Jacqueline Lornage – Depuis une dizaine d’années, nous menons des expérimentations de congélation et d’implantation de l’ovaire. L’objectif de la cryoconservation de l’ovaire, autrement dit la conservation par le froid, est de préserver la fertilité des jeunes filles ou celle de jeunes femmes atteintes d’un cancer, d’une leucémie ou de certaines maladies auto-immunes, qui sont provoquées par un dysfonctionnement du système immunitaire.
Ces patientes subissent des chimiothérapies lourdes qui sont souvent cause de stérilité, car elles détruisent les cellules de l’ovaire nécessaires à la reproduction.
La technique de congélation consiste, dans un premier temps, à prélever la partie externe de l’organe. Cette dernière, baptisée " cortex ovarien " ou " tissu ovarien ", contient les ovocytes. Cet acte chirurgical est réalisé grâce à une cœlioscopie, sous anesthésie générale.
Le cortex ovarien est ensuite congelé et conservé dans de l’azote liquide à - 196 degrés. Lorsque le traitement de la maladie est terminé et que la patiente est guérie, la grossesse peut être envisagée. L’ovaire sera alors décongelé pour être ensuite autogreffé chez la jeune femme.

Quels sont les résultats de cette technique médicale ?
Dre J. L. – On compte dans le monde treize naissances d’enfants réalisées grâce à ces autogreffes dont deux en France en 2009. Notre équipe conserve actuellement cent trente cortex ovariens. Nous avons commencé notre programme de recherche en 1997 en l’expérimentant sur des brebis, ce qui a donné lieu à quatre naissances en 2002. Nous poursuivons d’ailleurs nos travaux sur ces animaux afin d’améliorer les techniques de conservation et de réimplantation de l’ovaire.

Comment orientez-vous ces nouvelles recherches ?
Dre J. L. – Nous réalisons en particulier la transplantation d’un ovaire entier. Cette démarche permet de vasculariser rapidement le tissu ovarien et ainsi d’améliorer la survie des cellules de reproduction. Nous essayons également de mieux restaurer la fertilité par deux techniques de cryoconservation : une congélation rapide, appelée " vitrification ", ou au contraire, une congélation lente.
L’objectif de ces deux méthodes est d’éviter la formation de cristaux de glace risquant de détruire les cellules de reproduction. Grâce à ces recherches, deux agneaux sont nés au mois de mars dernier. Nous attendons le printemps prochain pour voir si d’autres naissances auront lieu !

Dans quelle mesure la Fondation de l’avenir vous aide-t-elle à développer votre programme ?
Dre J. L. – Nous avons obtenu en 2007 un financement de 38 000 euros de la Fondation de l’avenir pour lancer notre programme sur les brebis. Il a été renouvelé en 2009 avec la même somme. Grâce à ces aides, nous pouvons améliorer le suivi des greffes et de l’ovulation. L’aide de cette fondation nous est donc indispensable. Nous bénéficions par ailleurs du soutien financier d’un organisme public, l’Agence de la biomédecine.


Propos recueillis par Christophe de La Mure


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